La protection de la boîte mail contre le phishing repose sur trois piliers complémentaires : reconnaître les signaux d’alerte dans un email suspect, déployer des mesures techniques (filtrage, authentification du domaine, MFA), et former les collaborateurs à réagir correctement en cas de doute. Aucune de ces trois briques ne suffit seule. Voici comment les combiner concrètement.
Sommaire
- Le phishing en entreprise, une menace en forte hausse
- Comment reconnaître une tentative de phishing
- Spear phishing, fraude au président : des attaques de plus en plus ciblées
- Protection boîte mail : les mesures techniques essentielles
- Former les collaborateurs : le facteur humain reste décisif
- Que faire en cas d’email suspect ou d’incident avéré
- Questions fréquentes
Le phishing en entreprise, une menace en forte hausse
Le constat est net et il vient d’une source institutionnelle. Selon le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, l’hameçonnage arrive au premier rang de toutes les cybermenaces recensées en France, tous publics confondus, avec une hausse de 70 % sur un an. Pour les professionnels en particulier, ce type d’attaque progresse de 45 %.
Dans le détail, pour les entreprises et associations qui ont sollicité une assistance en 2025, le classement des menaces est le suivant :
- Piratage de compte : 21 % des demandes
- Hameçonnage : 16 % des demandes
- Faux ordre de virement (FOVI) : 13,5 % des demandes
Ces chiffres proviennent de l’analyse du rapport 2025 publiée par Cyber’Occ, structure régionale de cybersécurité. Il faut noter que le piratage de compte est souvent la conséquence directe d’un hameçonnage réussi : un collaborateur saisit ses identifiants sur une fausse page de connexion, et l’attaquant récupère l’accès à la messagerie professionnelle.
Cette progression s’explique en grande partie par la multiplication des fuites de données. Une fois des adresses email et des informations personnelles exposées sur des marchés clandestins, les attaquants les utilisent pour construire des messages beaucoup plus crédibles, personnalisés avec de vraies informations sur l’entreprise ciblée.
Le rapport Hiscox 2025 sur la gestion des risques-cyber, réalisé auprès de 5 750 entreprises dans sept pays, confirme cette tendance : 60 % des dirigeants et responsables informatiques interrogés considèrent l’ingénierie sociale et les attaques de phishing dopées à l’IA comme l’une des trois principales menaces émergentes des cinq prochaines années. Le même rapport souligne que pour 22 % des entreprises, les salariés constituent le point d’entrée le plus probable pour une fuite de données ou une attaque, via l’ingénierie sociale ou le phishing.
Sans surprise, 87 % des entreprises ayant déjà subi une attaque investissent désormais dans la formation de leurs équipes, contre 68 % de celles qui n’ont jamais été touchées.
Comment reconnaître une tentative de phishing
Un email de phishing, même bien construit, laisse presque toujours des traces. Cybermalveillance.gouv.fr recense plusieurs signaux d’alerte récurrents à vérifier systématiquement avant de cliquer sur un lien ou d’ouvrir une pièce jointe.
Les signaux à surveiller dans un email
- L’adresse d’expédition : elle ressemble à celle d’un organisme connu, mais avec une variation (un caractère en trop, un domaine légèrement différent).
- Un sentiment d’urgence : compte bloqué, facture impayée, colis en attente, demande de virement immédiat. L’attaquant cherche à court-circuiter la réflexion.
- Une offre trop belle ou une menace disproportionnée : gain surprise, remboursement inattendu, menace de poursuite.
- Des fautes ou une mise en forme approximative : même si les messages les plus récents sont de mieux en mieux rédigés, certains détails restent incohérents.
- Une pièce jointe inattendue, notamment au format .zip, .exe ou un document Office demandant d’activer les macros.
- Un lien dont l’URL réelle, visible en survolant le lien sans cliquer, ne correspond pas au texte affiché ou au nom de domaine attendu.
Au moindre doute, la meilleure réaction reste de contacter directement l’organisme ou la personne concernée par un canal différent de celui utilisé pour l’email, plutôt que de répondre ou de cliquer.
Spear phishing, fraude au président : des attaques de plus en plus ciblées
Le phishing « de masse », envoyé à des milliers de destinataires sans personnalisation, reste fréquent mais devient plus facile à repérer. Les attaques qui posent aujourd’hui le plus de risques pour les entreprises sont ciblées.
Le spear phishing vise une personne ou un service précis, en s’appuyant sur des informations personnalisées (nom du responsable, projet en cours, fournisseur habituel) pour rendre le message crédible, comme le rappelle l’éditeur MailSecure dans son analyse des différentes formes d’hameçonnage.
La fraude au président, ou faux ordre de virement, en est une variante particulièrement coûteuse : un attaquant usurpe l’identité d’un dirigeant, souvent par email ou par téléphone, pour demander à un service comptable d’effectuer un virement urgent et confidentiel. C’est l’une des menaces qui a le plus progressé ces dernières années selon les rapports successifs de Cybermalveillance.gouv.fr.
Protection boîte mail : les mesures techniques essentielles
La formation des équipes reste indispensable, mais elle ne suffit jamais seule. Une protection boite mail efficace combine plusieurs couches techniques qui filtrent les messages malveillants avant même qu’ils n’atteignent la boîte de réception.
Authentifier son domaine avec SPF, DKIM et DMARC
Ces trois protocoles empêchent qu’un attaquant envoie des emails en usurpant le nom de domaine de votre entreprise. Chacun répond à une question précise :
- SPF (Sender Policy Framework) indique quels serveurs sont autorisés à envoyer des emails au nom de votre domaine.
- DKIM (DomainKeys Identified Mail) signe cryptographiquement chaque message pour garantir qu’il n’a pas été modifié en transit.
- DMARC s’appuie sur SPF et DKIM pour décider quoi faire d’un email qui échoue à l’authentification, et génère des rapports permettant de surveiller les tentatives d’usurpation.
L’ANSSI a intégré la sécurisation de la messagerie dans son guide de recommandations relatives à l’interconnexion d’un système d’information à internet, ce qui confirme le statut de ces protocoles comme standard de référence pour les entreprises françaises.
Le déploiement se fait progressivement pour éviter de bloquer des emails légitimes. Comme le détaille Datacampus, la trajectoire recommandée consiste à démarrer en mode surveillance (p=none), puis à monter progressivement en quarantaine avant d’atteindre le rejet complet (p=reject) des emails non authentifiés.
Filtrage des emails et filtrage DNS
Un filtre anti-spam avancé analyse chaque email entrant : expéditeur, contenu, liens, pièces jointes. Les solutions les plus récentes s’appuient sur l’intelligence artificielle pour repérer des schémas suspects même dans des messages qui n’ont jamais été vus auparavant.
Le filtrage DNS complète ce dispositif en bloquant l’accès aux domaines déjà identifiés comme malveillants, même si un utilisateur clique par erreur sur un lien piégé. Cette double barrière réduit fortement le risque qu’un email frauduleux atteigne réellement un collaborateur, comme le souligne MetaCompliance dans son guide destiné aux entreprises.
Le CERT-FR, le centre gouvernemental de veille et d’alerte sur les menaces informatiques, recommande depuis plusieurs années aux entreprises de bloquer par défaut les pièces jointes aux extensions à risque (.exe, .scr, .cab), y compris lorsqu’elles sont compressées dans une archive ZIP, et de ne les autoriser qu’au cas par cas pour les boîtes qui en ont réellement besoin.
Retrouvez le détail des solutions de protection de boîte mail disponibles pour sécuriser la messagerie professionnelle contre ces menaces.
Authentification multifacteur (MFA)
Même si un mot de passe est volé via une fausse page de connexion, l’authentification multifacteur empêche généralement l’attaquant d’accéder au compte, puisqu’une seconde preuve d’identité est exigée. Selon Check Point, cette mesure doit être considérée comme un filet de sécurité complémentaire, la formation des employés ne suffisant jamais à elle seule face à des attaques de plus en plus sophistiquées.
Former les collaborateurs : le facteur humain reste décisif
Les meilleurs filtres techniques laissent toujours passer un pourcentage d’emails malveillants. C’est pourquoi la sensibilisation régulière des équipes reste un pilier à part entière de la protection anti-phishing.
Les formations les plus efficaces reposent sur des exemples concrets et des simulations réalistes d’hameçonnage, envoyées périodiquement aux collaborateurs pour tester leur vigilance en conditions réelles, sans conséquence en cas d’erreur. Cette approche, décrite par Lockself dans son guide dédié aux entreprises, permet d’identifier les profils les plus exposés et d’adapter la formation en conséquence.
Un point mérite d’être répété : aucune formation ne rend une organisation totalement immunisée. L’objectif réaliste est de réduire la probabilité et l’impact d’une erreur humaine, pas de l’éliminer.
Que faire en cas d’email suspect ou d’incident avéré
Face à un email dont on n’est pas sûr, la marche à suivre recommandée par Cybermalveillance.gouv.fr est simple :
- Ne pas cliquer sur les liens ni ouvrir les pièces jointes.
- Vérifier l’adresse d’expédition et l’URL réelle des liens avant toute action.
- Contacter directement l’organisme ou la personne concernée par un autre canal en cas de doute.
- Signaler l’email à son service informatique ou à son prestataire de sécurité.
Si des identifiants ont déjà été saisis sur un site frauduleux ou si un virement a été effectué suite à une fraude au président, il faut agir rapidement : changer immédiatement les mots de passe concernés, prévenir sa banque pour tenter de bloquer une transaction suspecte, conserver toutes les preuves (emails, journaux, captures d’écran) et signaler l’incident sur la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr.
Pour aller plus loin sur le sujet de la sécurisation globale de la messagerie professionnelle, la page dédiée à la protection des emails d’entreprise détaille les différentes options de filtrage et d’authentification disponibles.
Questions fréquentes
Le phishing classique cible un grand nombre de destinataires avec un message générique. Le spear phishing vise une personne ou un service précis, en s’appuyant sur des informations personnalisées pour paraître crédible, ce qui le rend plus difficile à détecter.
Il faut vérifier l’adresse d’expédition exacte, survoler les liens sans cliquer pour voir l’URL réelle, se méfier d’un ton urgent ou alarmiste, et rester attentif aux pièces jointes inattendues. Au moindre doute, mieux vaut contacter l’expéditeur supposé par un autre canal.
Ces protocoles protègent surtout contre l’usurpation du nom de domaine de l’entreprise elle-même. Ils ne bloquent pas les emails de phishing envoyés depuis d’autres domaines, d’où l’intérêt de les combiner avec un filtrage anti-spam et une authentification multifacteur.
Il faut changer immédiatement les mots de passe concernés, déconnecter l’appareil du réseau si un logiciel malveillant est suspecté, prévenir le service informatique, et signaler l’incident sur Cybermalveillance.gouv.fr si des données sensibles ont pu être exposées.
Oui, notamment via des simulations réalistes régulières, mais elle ne remplace pas les mesures techniques. Les deux approches se complètent : la formation réduit le risque d’erreur humaine, les solutions techniques limitent le nombre d’emails malveillants qui atteignent réellement les collaborateurs.





