Le 31 janvier 2027, plus aucune ligne sur le réseau cuivre ne pourra être souscrite en France, quel que soit l’opérateur. Cette date marque la fin de la commercialisation du cuivre sur l’ensemble du territoire, ainsi que la coupure définitive du service dans 2 145 communes. Pour les entreprises encore équipées de lignes analogiques, la migration RTC vers VoIP n’est plus une option à étudier, mais un chantier à planifier dès maintenant.
Cet article fait le point sur le calendrier officiel, la différence entre fin du RTC et fermeture du cuivre, et les étapes concrètes pour basculer vers la téléphonie IP sans interruption de service.
- Fin du RTC et fermeture du cuivre : deux chantiers distincts
- Le calendrier officiel de la fermeture du réseau cuivre
- Pourquoi janvier 2027 change la donne pour les entreprises
- Migration RTC vers VoIP : les étapes pour réussir
- Quel budget prévoir pour la migration ?
- Alarmes, ascenseurs, TPE : les usages à ne pas oublier
- Fin de l’ADSL : repenser aussi le lien de secours
- FAQ
Fin du RTC et fermeture du cuivre : deux chantiers distincts
La confusion est fréquente, y compris dans de nombreux articles sur le sujet. Il s’agit pourtant de deux chantiers différents, avec des calendriers différents.
Le RTC (réseau téléphonique commuté) désigne la technologie historique de téléphonie fixe : un téléphone branché directement sur la prise T murale, sans box. Son extinction est engagée depuis longtemps. Selon l’Arcep, Orange a cessé de commercialiser de nouvelles lignes analogiques en métropole le 15 novembre 2018, puis les accès numériques de base (Numéris T0) le 15 novembre 2019.
La fermeture du réseau cuivre va plus loin : c’est le démantèlement physique de l’infrastructure elle-même. Elle emporte tout ce qui circule encore sur la paire de cuivre : les dernières lignes RTC, mais aussi l’ADSL, le VDSL et le SDSL, ainsi que les services qui s’y raccordent (fax, alarmes, télésurveillance).
Autrement dit, une entreprise peut avoir déjà quitté le RTC pour sa téléphonie tout en dépendant encore du cuivre pour son accès internet ou ses équipements de sécurité. La fermeture du cuivre la concerne dans les deux cas.
Le calendrier officiel de la fermeture du réseau cuivre
Le plan de fermeture piloté par Orange, sous le contrôle de l’Arcep, distingue deux étapes pour chaque commune.
- La fermeture commerciale : plus aucune souscription possible d’un nouvel abonnement sur cuivre, mais les abonnements existants continuent de fonctionner.
- La fermeture technique : tous les accès cuivre sont résiliés et le service est coupé, quel que soit l’opérateur.
Ce qui a déjà eu lieu
D’après le dossier de l’Arcep, la fermeture commerciale a démarré le 31 janvier 2024 sur un premier lot de communes. Elle s’est ensuite étendue le 31 janvier 2026 à la majorité du territoire, en métropole comme en outre-mer. Les fermetures techniques ont commencé en parallèle : les premières communes ont vu leur réseau coupé début 2026.
31 janvier 2027 : le point de bascule
Le 31 janvier 2027 concentre deux échéances majeures.
- La fermeture commerciale s’étend au reste du territoire. L’Arcep précise qu’après cette date, et sous réserve du respect des critères de fermeture, il ne sera plus possible de souscrire un abonnement cuivre en France.
- La fermeture technique frappe le lot 3 : 2 145 communes selon Orange verront leur réseau cuivre définitivement coupé, avec l’arrêt de la ligne téléphonique, de l’ADSL et des services associés.
Des coupures par lots jusqu’en 2030
Les fermetures techniques se poursuivent ensuite par lots annuels de communes. Le calendrier publié par Orange Business prévoit des sous-lots échelonnés en 2028 et 2029, pour une extinction complète du réseau cuivre à l’horizon 2030.
Pourquoi janvier 2027 change la donne pour les entreprises
On pourrait se dire que seules les communes du lot 3 sont pressées. C’est une lecture risquée, pour trois raisons.
Première raison : il n’y a plus aucune marge de manœuvre sur le cuivre. Après le 31 janvier 2027, aucune ligne cuivre ne peut être ouverte, où que ce soit. Ni pour un nouveau site, ni pour un déménagement, ni pour remplacer une ligne défaillante. Une entreprise multi-sites ne peut donc plus s’appuyer sur cette technologie, même là où la coupure n’interviendra qu’en 2028 ou 2029.
Ensuite, le compte à rebours est désormais connu commune par commune. Chaque site est rattaché à un lot, avec une date de coupure ferme. Vérifier ses communes sur la carte d’Orange est l’un des premiers réflexes à adopter, surtout pour un parc dispersé.
Enfin, les délais de migration sont incompressibles. Audit du parc, choix de la solution, raccordement fibre, portabilité, remplacement des équipements : un projet complet demande de quelques semaines à plusieurs mois. Attendre la dernière année, c’est aussi s’exposer aux goulots d’étranglement, car des milliers d’organisations migreront en même temps.
Migration RTC vers VoIP : les étapes pour réussir
La migration RTC vers VoIP suit une méthode éprouvée. La voici en quatre étapes.
1. Auditer l’existant
Avant tout choix technique, il faut cartographier ce qui circule encore sur le cuivre :
- lignes téléphoniques analogiques et accès Numéris (T0/T2) ;
- lignes de fax, alarmes, télésurveillance, ascenseurs, terminaux de paiement ;
- accès internet ADSL, VDSL ou SDSL, y compris les liens de secours ;
- standard téléphonique (PABX) et téléphones raccordés.
Cet inventaire détermine le périmètre réel du projet. Les lignes oubliées sont la première cause de mauvaise surprise le jour de la coupure.
2. Choisir sa solution de téléphonie IP
Trois grandes familles existent pour remplacer les lignes cuivre :
- le Centrex IP (standard hébergé dans le cloud), sans matériel de commutation sur site ;
- le trunk SIP, qui raccorde un IPBX existant au réseau IP et permet de conserver une partie de l’installation ;
- les solutions de communications unifiées (UCaaS), qui ajoutent à la voix la visioconférence, la messagerie et l’intégration aux outils métiers comme le CRM.
Le bon choix dépend de la taille du parc, de l’âge du standard actuel et des usages collaboratifs visés. Pour comparer ces options en détail, notre guide de la téléphonie VoIP en entreprise passe en revue les critères de décision.
3. Sécuriser le lien support et la portabilité
La voix sur IP transite par la connexion internet. Deux points de vigilance :
- le lien support : la fibre optique est la solution de référence, avec une qualité de service (QoS) suffisante pour prioriser la voix sur les autres flux ;
- la portabilité des numéros : les numéros fixes existants peuvent être conservés lors de la migration, à condition d’engager la demande auprès du nouvel opérateur avant toute résiliation. Résilier d’abord, c’est risquer de perdre ses numéros.
4. Déployer, tester, former
Le déploiement se planifie idéalement en dehors des pics d’activité, avec une phase de tests sur un site ou un service pilote. La formation des équipes ne doit pas être négligée : renvois d’appels, groupes de sonnerie, messagerie vocale par mail, les usages changent. Pour le détail opérationnel du déploiement, voyez comment installer la VoIP dans son entreprise étape par étape.
Quel budget prévoir pour la migration ?
Il n’existe pas de chiffre unique. Le coût dépend du nombre d’utilisateurs, mais surtout du nombre de canaux simultanés nécessaires, c’est-à-dire le nombre d’appels pouvant être passés en même temps. Une entreprise de 20 salariés n’a pas forcément besoin de 20 canaux : si 5 conversations simultanées couvrent son activité, son dimensionnement sera bien plus léger.
À titre de repère, les abonnements de téléphonie cloud pour les entreprises se situent le plus souvent entre 15 et 30 euros par utilisateur et par mois, selon les fonctionnalités incluses : standard, files d’attente, enregistrement, intégrations métiers ou visioconférence.
Au-delà de l’abonnement, trois postes sont à anticiper :
- les équipements : téléphones IP, casques, éventuelles passerelles pour les appareils analogiques conservés ;
- le lien internet : raccordement ou montée en gamme de la fibre si le débit actuel est insuffisant ;
- la mise en service : configuration, portabilité des numéros et formation, généralement facturées une seule fois.
Ce budget est à mettre en regard des coûts qui disparaissent : abonnements des lignes cuivre et maintenance d’un standard téléphonique vieillissant.
Alarmes, ascenseurs, TPE : les usages à ne pas oublier
C’est le grand angle mort des projets de migration. Beaucoup d’équipements critiques utilisent encore une ligne analogique dédiée, parfois installée il y a vingt ans et absente des inventaires :
- alarmes anti-intrusion et télésurveillance raccordées à un centre de supervision ;
- téléalarmes d’ascenseurs : le décret n° 2004-964 du 9 septembre 2004 impose de mettre à disposition des utilisateurs un moyen d’alerte et de communication avec un service d’intervention ;
- terminaux de paiement fonctionnant encore en ligne commutée ;
- fax, systèmes de télérelève et automates industriels.
Ces flux ne se contentent pas toujours d’un simple boîtier de conversion analogique vers IP (adaptateur ATA). Certains protocoles d’alarme tolèrent mal la voix sur IP et exigent des passerelles dédiées, souvent avec un secours GSM. L’ascensoriste KONE recommande ainsi de remplacer les téléalarmes analogiques par des dispositifs GSM ou IP conformes à la norme EN 81-28. La règle : contacter le prestataire de chaque équipement (télésurveilleur, ascensoriste, banque) pour valider la solution de remplacement avant la date de coupure de la commune.
Fin de l’ADSL : repenser aussi le lien de secours
Dernier effet domino souvent ignoré : de nombreuses entreprises utilisent une ligne ADSL comme lien de secours de leur fibre principale. Avec la fermeture du cuivre, ce filet de sécurité disparaît lui aussi.
Le plan de continuité d’activité doit donc être revu en même temps que la téléphonie. Les alternatives courantes : une seconde fibre empruntant un cheminement physique différent, ou un secours 4G/5G via un routeur hybride. Un standard téléphonique cloud n’est disponible que si le lien internet l’est.
FAQ : fin du cuivre et passage à la VoIP
La commercialisation s’arrête totalement le 31 janvier 2027. Les coupures techniques, elles, s’échelonnent par lots de communes : premières coupures en 2025-2026, lot 3 de 2 145 communes au 31 janvier 2027, puis lots suivants jusqu’à l’extinction complète du réseau à l’horizon 2030.
Le RTC transporte la voix sous forme analogique sur la paire de cuivre, avec un téléphone branché directement sur la prise murale. La VoIP transforme la voix en données numériques qui transitent par internet. Elle permet en plus des fonctions absentes du RTC : softphone sur ordinateur, mobilité, intégration aux outils métiers.
Oui. La portabilité permet de conserver ses numéros fixes lors du changement de technologie ou d’opérateur. La demande doit être faite auprès du nouvel opérateur avant de résilier les lignes existantes, sans quoi les numéros peuvent être perdus.
Chaque équipement doit être traité avec son prestataire : passerelle IP avec secours 4G pour la télésurveillance et les téléalarmes d’ascenseur, terminaux compatibles IP pour le paiement. Un simple adaptateur analogique vers IP ne convient pas à tous les protocoles, d’où l’importance de valider la solution en amont.
Non, mais elle est fortement recommandée. La VoIP exige une connexion stable avec un débit suffisant et une bonne qualité de service. La fibre est le support de référence ; à défaut, des accès radio (4G/5G fixe) ou satellite peuvent servir de solution transitoire dans les zones non fibrées.





